Kumano, Otsuki, Izu


Voilà que s’achève une nouvelle étape et que s’ouvre demain celle tant attendue de la Mongolie, où j’irai sans doute à la rencontre du Gobi, avec l’aide de Davaajargal, un musicien local avec qui j’échange depuis quelques jours. À 20h10, j’atterrirai à Oulan Bator, accueilli par l’équipe de l’Alliance Française qui s’implique dans mon projet et le soutient avec force. Pour l’heure, je ne pensais pas poser au pied de cette célèbre montagne mais je dois bien avouer que cette image, prise à quatre heure du matin, est pour moi chargée de spiritualité. Ivre de nombreux souvenirs qui m’ont fait côtoyé des personnes inspirantes et des lieux remarquables, mon passage au Japon a donné un souffle nouveau à mon itinéraire déjà bien consumé. Même éventrée, la forêt continue de nous hanter, ni les routes qui la transpercent, ni la présence très proche des hommes ne lui enlève sa puissance et les nombreux ours qui l’habitent, depuis longtemps vénérés, rendent très incertaine un envolée solitaire. Lorsqu’on la survole au détour d’une colline ou d’une vallée, ses abondants feuillages sont semblables à des nuages que le chant des oiseaux balise à l’infini ; mais dès lors qu’on se retrouve à ses pieds, c’est l’obscurité toute entière qui nous envahit. De là nait le sublime, cette émotion implacable qu’on ressent aussi à l’égard de la mer. De mon voyage à Kumano, Otsuki et Izu, je garde le souvenir de cette forêt radicale, de ces sentiers sacrés tracés par amour et de cette rencontre avec Fujita Yosuke, ce mystérieux musicien qui vit à la lisière d’un bois et dont j’aurai je pense l’occasion de vous reparler.

Photo : Ayumi Yoshida