hxc, Liban et Palestine

J’avoue, mon titre est un peu racoleur. Pourtant, voici comment la vie peut nous faire passer du copain rebelle originaire d’Annemasse (activiste diy, adepte de punk hardcore et de bières sous le manteau) à l'enfant de 79 ans, réfugié palestinien au Liban, chassé de sa terre à 11 ans et fondateur d’un musée tout aussi improvisé que touchant. Le lien entre les deux, c’est Clément Girardot, journaliste et fondateur d’un excellent site dédié à la culture du Moyen-Orient, Mashallah News.  Voici l’histoire : alors que j’avais d’abord pensé, pour mon séjour à Beyrouth, travailler sur le texte de l’artiste libanaise Etel Adnan Le prix que nous ne voulons pas payer pour l’amour, c’est après avoir lu Deux musées contre l’oubli (un article publié sur Mashallah news), que j’ai nourri un intérêt plus grand pour ce dernier. Cet article rédigé par Martin Roux raconte l’histoire de deux hommes palestiniens vivant au Liban et résonne de manière très nette avec mon propre projet : résister contre tous à la disparition. Dans ce billet, Martin écrit brillamment : « Le nouveau musée palestinien de Birzeit, dédié à l’histoire et à la culture palestinienne va ouvrir ses portes au mois d’octobre. Sa première exposition satellite consacrée à l’histoire politique de la broderie palestinienne est déjà visible à la fondation Dar El-Nimer à Beyrouth. Depuis plus de dix ans, deux musées de taille plus modeste, consacrés à la culture palestinienne, existent au Liban. Ils sont situés dans le village de Maachouq et le camp de Chatila, et visent les membres de la diaspora.  « Mon musée est là pour ces générations, nées en exil », affirme Mahmoud Dakwar qui les connait bien, ayant travaillé toute sa vie comme enseignant d’arabe dans le camp de Bourj al-Shamali, à quelques kilomètres de Tyr, au sud du Liban. L’homme d’aujourd’hui 79 ans en a seulement 11 lorsqu’il est expulsé de Palestine et arrive à Jouaiya, non loin de Bourj al-Shamali et de Maachouq, où sa famille s’installe deux ans plus tard, en 1950. Il dit avoir gardé une image très claire de son pays natal et s’est donné comme mission de la partager et de la « montrer aux nouvelles générations, pour qu’elles sachent quelque chose de leurs ancêtres et de leur culture ». Il n’a pas fallu longtemps pour que je décide d’aller à la rencontre de Mahmoud au Sud-Liban. Après avoir longuement discuté avec lui, au goût d’un café délicieux tachant son sourire invincible, sous les yeux d’une famille étonnée, j’ai enregistré le son de trois ou quatre objets rassemblés un peu maladroitement sur les étagères : une cloche, un petit récipient, deux flutes et un mortier à pilon pour broyer des matières. Comme pour ajouter des vies à ces objets échoués, j’utiliserai leur voix très prochainement dans mon travail avec les musiciens Youmna Saba (Oud) et Fadi Tabbal (Electronics). Alors, si mon séjour au Liban ne ressemble à aucun autre, c’est d’abord parce que ces rencontres sont, vous vous en doutez, éloignées de toutes les autres, par leur profondeur et leur simplicité combinées. C’est aussi parce que j’ai passé la première semaine en compagnie de mes amis d’enfance Arnaud Picollier et Quentin Radiguet, à faire un peu de tourisme, marcher dans la ville, dire des bêtises et des phrases insolentes (le genre permis uniquement avec les gens que vous connaissez depuis 25 ans et qui vous ont accompagné votre vie entière). C’est encore parce que ce séjour fait l’objet d’un tournage vidéo, qui servira d’épisode pilote pour une série documentaire réalisée par Lisa Surault et Guillaume Delaforestdivonne. C’est enfin parce qu’il fait partie des plus courts de tous, soit trois semaines en tout. Pour assurer ce rythme soutenu, avant de filer signer l’épilogue 2016 en Grèce, j’ai donc fait preuve de réactivité et de vivacité dès les premiers jours. J’ai eu la chance d’atterrir dans un lieu magnifique, situé dans le quartier de Zoqaq el Blat : la villa ressuscitée de Mansion. Je remercie à ce titre Wafa Aoun et Joan Baz de m’avoir dirigé vers un endroit qui me correspond. Bien confortablement emmitouflé dans mon nouveau chandail préféré, brodé façon armenian ornaments, je reviendrai très vite vous parler de Beyrouth.

Photo : Guillaume Delaforestdivonne