De Ouaouizeght à Ifrane

Dix jours entre neiges et palmiers : j’ai cherché des grottes que je n’ai pas trouvées ; j’ai trouvé des grottes sans en chercher. Béni-Mellal, El Ksiba, Ouaouizeght, Azilal, Marrakesh, Ourika, Demnate, Rabat, El Hajeb, Fes, Azrou, Ifrane et Kenitra ; seul ou accompagné. J’ai roulé pendant de longues heures, traversé des brouillards et des belles journées, la nuit m’a souvent rattrapé, le moteur a chauffé. Plus de trous dans le bitume que dans mes cartes perforées. À une vitesse effrénée, j’ai rencontré des coiffeurs et des bergers, des guides improvisés, des musiciens, des commerçants ; toujours dans l’ombre des sorciers. Beaucoup de café, beaucoup de thé, beaucoup de choses sucrées. Entre les villages de l’Atlas, tant de figures dispersées qui vaguent au mystère de l'immobilité. Face aux voitures solides, tant de motos intrépides, beaucoup de mosquées, beaucoup de beauté, beaucoup d’enfants, des chiens errants au milieu des chaussées, des ânes et des forêts hantés. J’ai, dans un petit musée, appris les couleurs amazigh : le rouge, le vert, le jaune et l’azur absolu. J’ai scruté la montagne, vu de multiples cavités, je me suis arrêté, on m’a souvent guidé sans savoir où aller puis on m’a invité. Beaucoup d’arbres enneigés, beaucoup de pluie, plein de rochers, la terre vermeille prise dans un semblant d’hiver, une silhouette solitaire contemplant la vallée. Ali, Nourredine et la bouche de la grotte, Hamid qui m’écrit tous les jours depuis qu’on s’est croisé. Je me suis épuisé, pressé par l’envie de tout vivre et de tout regarder. J’étais parfois frustré. Sous le ciel bleu de Fes que je n’ai pas connu, j’ai parcouru la médina, « joué » du guembri dans un riad, « négocié » le tapis qui fera mon confort. La pluie frappait, j’avais les pieds trempés. Je ne peux pas tout raconter mais je peux tout vous avouer : je pense encore au lac de Ouaouizeght. j’ai rêvé de ce bleu, de cet amour qui, comme disait Prévert, « Beaucoup plus tard au coin d’un bois, Dans la forêt de la mémoire », peut-être surgira et me tendra la main. J’ai reçu la lumière en recherchant l’obscurité.

Photo : Oumayma Ajarrai