Buenos Aires, Argentina

a) En 2015, à Paris, je travaillais avec mon ami Arno Peako sur un projet inspiré de l'invention de Morel de l'écrivain argentin Adolfo Bioy Casares. Dans cette nouvelle, un certain Morel, au cours de vacances sur une île, élabore une machine capable d'enregistrer toutes les facettes de la réalité et de les reproduire. Ainsi, pour ne pas perdre Faustine, la femme dont il s'est épris, il capture une semaine qui se répétera à l'infini. Lorsque que le protagoniste, un fugitif vénézuélien, arrive sur l'île quelques années plus tard, il se retrouve face à ces image répétitives, avec lesquelles aucune communication n'est étrangement possible et tombe lui aussi amoureux de Faustine. Il tente de la séduire en cultivant un jardin mais elle n'est qu'une image, Quand il s'en rend compte, il tente d'apprendre le fonctionnement de la machine et au prix de la mort physique, de s'enregistrer lui-même afin de vivre au côtés de celle qu'il aime. Sur cette île, deux réalités communiquent, la vie réelle et celle enregistrée. Il y a deux lunes et deux soleils.

b) Dans mon projet, au delà du travail collaboratif avec les musiciens locaux, l'orgue de barbarie est utilisé comme un outil de magie pour évoquer des questions sociales ou poétiques des pays traversés, et particulièrement pour aborder le sujet de "ce qui disparait". Dans le même temps, la musique créée marque un rupture avec la tradition orchestrale de l'orgue, évolue vers des sons continus, puissants et répétitifs et renouvelle ainsi le répertoire de l'instrument. En résumé, je peux donc affirmer que l'enjeu de mon projet est de questionner la disparation (le fond) tout en apparaissant par la répétition (la forme) et que cette dernière serait alors l'antidote à la première. Ces associations pour le moins inattendues donnent à voir différemment, non seulement l'instrument mais aussi les sujets abordés.

(a+b) Pour ma résidence en Argentine, il m'est apparu pertinent de croiser le travail réalisé à Paris (a) autour de Casarès avec l'objet de mon propre projet (b), faisant écho aux questions soulevées dans le livre (disparition et répétition/apparition). Serais-je une sorte de Morel avec ma propre machine, tentant d'enregistrer ou du moins de saisir les choses qui disparaissent, mes propres fantômes, ceux de mes résidences ? Serais-je entrain de construire un jardin pour tenter de les séduire et de les conserver ? Ainsi apparait en filigrane la question plus large du voyage, que doit-il en rester : des enregistrements, des images ou des créations collectives ?

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a) Durante el 2015, en Paris, yo trabajé con el artista plástico Arno Peako en un proyecto que se inspiraba en la novela “La invención de Morel” del escritor argentino Adolfo Bioy Casares, proponiendo una interpretación gráfica y musical del relato (ver adjunto). En dicha historia, un tal “Morel”, durante unas vacaciones en una isla, construye una máquina capaz de registrar todas las facetas de su vida cotidiana y reproducirlas. Todo ello, para no perder a “Faustine”, la mujer de la cual esta enamorado. Con esta máquina, él captura una semana que se reproducirá hasta el infinito. El protagonista de esta novela, un fugitivo venezolano, llega a esta isla unos años más tarde. Al encontrándose frente aestas imágenes que se repiten y creyéndolas reales también se enamora de “Faustine”, a quien trata de enamorar construyéndole un jardín. Finalmente, cuando se da cuenta que es solo una imagen, intenta aprender como funciona la máquina y a costo de su vida, registrarse a él mismo con la finalidad de sumarse a la eternidad junto a ella. En esta isla, las dos realidades se comunican, la vida real y aquella registrada, de esta manera hay dos lunas y dos soles.

b) En mi proyecto, además de un trabajo colaborativo con músicos locales, el organillo (Órgano de Barbarie en su especificidad francesa) es utilizado como una herramienta mágica para evocar preguntas poéticas o sociales de los países visitados, particularmente para abordar una temática sobre “eso que desaparece”. De esta manera, he trabajo tanto sobre “el culto a las grutas” en Marruecos o sobre el pueblo Charrua en Uruguay. Al mismo tiempo, la música creada marca una ruptura con la tradición orquestal del organillo, evolucionando hacia sonidos continuos, potentes y repetitivos. renovando de esta manera el repertorio del instrumento. En resumen, eldesafío de mi proyecto es cuestionar la “desaparición” mediante la repetición de un sonido,  siendo esto una suerte de antídoto frente a dicha perdida.

a+b)  Para mi residencia en Argentina, quiero retomar el trabajo realizado en Paris sobre la novela de Bioy Casares fusionándolo con Street Organ Ritornellos, enfocándome en problemáticas presentadas en el libro, que a su vez coinciden con mi búsqueda en este periodo, es decir, la desaparición y la repetición/aparición. ¿Podré convertirme en una especie de Morel con mi propia maquina, intentando registrar o al menos captar aquellas cosas que desaparecen? ¿Estaré tratando de construir mi propio jardín tal como el protagonista, con tal de intentar seducir y conservar mis propios fantasmas, mis recuerdos de viaje? Es entonces, que reaparece sutilmente la pregunta más grande : ¿qué es lo que queda para retener? Y como en el libro ¿qué es lo que se repetirá en la eternidad?

Photo : Orlando Quintanilla