La tempête et la médiocrité

Parfois, je suis fatigué des Hommes. Le premier, à peine lui avais-je tendu la main qu’un vulgaire frisson me parcourait l’échine, je sentis en moi s’écrouler le temps d’une seconde l’expérience poétique que j’essayais de vivre. Tout me dégoutait : son assurance, son humour, son sourire programmé, son sens pratique et sa logique. Le second, idem version « monde de l’art ». Cette façon de ne poursuivre absolument rien de personnel ; de se persuader du contraire. Ce refus de prendre du recul ; d’aller au delà. Suis-je fait pour accepter ce monde, avec ses prisonniers, ses mauvaises publicités et ses destins morbides ? — Alors, en ce dimanche ensoleillé qui succède à la tempête et la médiocrité, je me suis souvenu à quel point certaines journées pouvaient être tristes. Mais cette nullité, c’est aussi la mienne, d’abord celle de deux concerts ratés et puis c’est celles des autres. Au fond, c’est celle des Hommes. Un bien triste et déprimant tableau. Toutefois, la nuit passée, consolé, j’ai choisi de parler des choses qui peuvent nous sauver. En fait, j’ai choisi de parler de l’antidote à la médiocrité. Si j’ai l’arrogance de penser que l’être humain baigne souvent dans l’insuffisance, je crois aussi qu’il peut s’en sauver à la condition d’œuvrer pour plus de sensibilité. — À cet égard, je dirais que la nature nous offre une chance incroyable en nous montrant la voie de la sublimation. Il nous revient ensuite de l’appliquer à nous même. J’en ai fait l’expérience très récemment à un niveau musical : il y a des morceaux qu’on intitule presque instinctivement, d’autres qu’on ne nomme pas ou qui traînent avec un titre imparfait. C’était le cas de Blue Saudaa, du moins jusqu’à ce que la nature m’explique ce que je n’avais pu m’expliquer à moi même, au moment de le baptiser. J’ai, par hasard, choisi de réinterpréter ce morceau en Géorgie sans savoir que j’allais quelques jours plus tard lui donner tout son sens. C’est au cours d’une ballade à l’aube le long de la rivière qu’un versant de la montagne est venu me sauver de ma médiocrité ; un versant bleu comme une petite mer immobile et perchée. Et tout le chemin durant, j’ai tenté de rejoindre ce phénomène absorbant tout en sachant qu’il était bien trop loin.

Photo : Andro Eradze